Chers camarades,
C’est vrai que c’est un plaisir d’être, à la fin du mois d’août, à
La Rochelle. On me demande souvent ce que je vais faire, en tout cas,
l’année prochaine. Je veux vous rassurer, enfin si on m’invite et si
cela se passe toujours ici, nous serons ensemble l’année prochaine à La
Rochelle. Nous serons ensemble dans ce moment toujours un peu
particulier, où l’on débat et en même temps, on s’agite. Il y a
toujours une échéance avant La Rochelle : un congrès, une élection, une
désignation ; on ne peut donc pas empêcher les socialistes de se
réunir, de se réunir sans cesse et parfois au-delà même des heures qui
devraient normalement être consacrées au repos, à la réflexion, à
l’intimité.
C’est vrai que c’est la dernière que je conclue comme Premier
secrétaire les universités d’été de La Rochelle. J’ai été sensible aux
paroles qui ont été prononcées, même si je me méfie des hommages… Je ne
fais pas mon discours d’adieu… Il y en aura bien d’autres. Et vous me
reverrez. Je ne pars pas. Mais, quand je dis cela, je vois bien que je
commence à soulever des inquiétudes. Je change simplement de rôle, de
fonction, de place. Mais je suis toujours militant du Parti socialiste,
parce que, qu’est ce que c’est que d’être Premier socialiste si ce
n’est être le premier militant socialiste ! Mais, il ne faut pas
simplement vouloir être le premier ! Il faut être le meilleur des
socialistes. Et ce que je demande à ceux qui peuvent prétendre à cette
responsabilité –et même à ceux qui ne prétendent à rien sauf à la
victoire, c’est d’être les meilleurs des militants socialistes pour que
nous soyons plus forts, plus sûrs de nous-mêmes, plus conquérants.
Certains me demandent ce que cela fait de prononcer le dernier
discours comme Premier secrétaire. De l’émotion, sûrement, mais pas de
nostalgie. Si j’ai décidé, depuis plusieurs années –c’était au congrès
du Mans en 2005- de ne pas briguer un nouveau mandat de Premier
secrétaire, c’est parce que j’ai conscience qu’après plus de 10 ans à
la tête de notre parti (5 ans avec Lionel Jospin aux responsabilités du
pays et je veux dire toute ma fierté de ce que nous avons fait,
ensemble, avec lui; 6 ans dans l’opposition où nous avons fait face et
été capables d’obtenir de grandes victoires –même si celle de
l’élection présidentielle nous a échappé ; nous sommes aujourd’hui le
premier parti de France en termes d’élus, de militants) le Parti
socialiste doit franchir une nouvelle étape, poursuivre le travail
engagé, mais procéder aux changements nécessaires et renouveler ses
pratiques et ses générations. C’est cela le sens d’une organisation. Ce
fut une, en effet, une période mouvementée. Je ne vais pas vous la
raconter, vous la connaissez bien. Mouvementée comme l’Histoire : une
victoire surprise en 1997, une défaite cruelle en 2002. Le PS n’est
jamais un fleuve tranquille… surtout qu’il y a plusieurs rivières… et
qu’il y a même quelques torrents.
Il y a eu des moments joyeux, d’autres plus douloureux. J’assume ce
que j’ai fait en votre nom ; j’assume les votes que j’ai provoqué, les
synthèses que j’ai réalisées ; j’assume les combats que j’ai menés au
nom du Parti socialiste. Je prends ma part des défaites, car nul ne
peut s’en exonérer et encore moins le Premier secrétaire, mais aussi
nos victoires collectives. J’ai toujours voulu la cohésion, l’unité,
l’esprit collectif, dans l’intérêt du Parti. Parfois trop, m’a-t-on
dit, mais jamais assez à mes yeux. Et je mets d’ailleurs en garde tous
ceux qui seraient tentés de faire l’inverse car, dans ces moments où
j’entends les appels à l’unité, à la cohésion, au rassemblement, il
faut aller jusqu’au bout, ne pas porter d’exclusive (pas celui-ci ou
pas celle-là). Nous avons besoin de tout le monde au Parti socialiste.
Nous sommes une organisation démocratique et il ne faut pas avoir peur
de la démocratie. Il faut faire des choix.
Il faut que notre prochain congrès puisse être compris par nos
concitoyens. Que nos débats ne soient pas vécus comme une épreuve, mais
comme une chance, que chacun voit bien les idées qui sont émises, les
clivages qui nous traversent, les orientations politiques que nous
portons, la conception du parti, le rassemblement de la gauche.
Mais, c’est un défi individuel et collectif. Il faut donc savoir comment nous engageons ce congrès :
• Situer les questions de personne à leur juste place sans les
ignorer. Elles ont leur place. On dit souvent qu’il y a trop d’ego, et
les egos, c’est toujours les autres, jamais soi-même. Et, à un moment,
les idées s’incarnent autour d’une personne et forcément autour de
celui ou de celle qui sera le Premier secrétaire. Mais les personnes ne
peuvent prendre toute la place. Sinon, à quoi ressemblerait-on ? A une
compétition entre nous, sans portée politique !
• Reconnaître les différences lorsqu’elles existent , mais marquer
les convergences lorsqu’elles s’imposent. C’est la condition pour
dégager une ligne politique et ensuite le rassemblement. Il faut que
nos débats aient une lisibilité pour que les Français puissent en
comprendre le sens et la portée.
• Donner à notre parti un pôle central pour lui donner la stabilité
et la dynamique nécessaires, dans le respect des sensibilités ; la
fragmentation, la dispersion, l’émiettement sont les garanties du
déclassement du PS. C’est son ingouvernabilité qui, demain, peut être
la menace principale. Nous sommes les adhérents d’un parti qui
revendique le pouvoir, au nom de son histoire, au nom des valeurs qu’il
porte, au nom de la prétention à préparer l’avenir. Et quand on prétend
diriger le pays, on doit se diriger nous-mêmes avec force, avec rigueur
et conscience.
• Affirmer une loyauté et une solidarité envers nous-mêmes : cela
comme par le respect du vote militant, cela se poursuit par le respect
des décisions collectives. Je respecte toutes les positions, mais pas
les expressions. Parce qu’une fois que la décision est prise, elle nous
engage tous. C’est la meilleure façon d’être entendu des Français. On
dit parfois que le Parti socialiste est inaudible ; pourtant, moi, je
l’entends trop lorsque la pluralité des voix ne concourre pas à
l’unité. Il suffit que l’une de ces voix s’exprime de manière
contradictoire pour que nous ne soyons plus du tout entendu. Si l’on
veut la crédibilité, il faut que le Premier secrétaire puisse avoir
l’autorité indispensable. Il ne l’aura pas simplement par ses qualités
personnelles. Il l’aura parce que chacun, autour de lui, aura veillé à
la lui conférer. Non pas pour qu’il puisse prétendre après –il ne faut
jamais craindre la réussite- mais pour lui donner, justement, la force
de parler en notre nom et de nous faire respecter.
• Tirer les leçons de nos victoires locales : au mois de mars de
cette année, nous avons remporté l’une de nos plus belles victoires aux
élections. Elections municipales (quasi totalité des grandes villes,
des villes moyennes et même des petites) ; les Départements (nous
sommes quasiment majoritaires dans l’ensemble des conseils généraux
–même la Corrèze) ; nous avons obtenu, individuellement, des scores
inégalés ; nous avons toujours nos 20 régions. On pourrait se demander
à quoi tiennent toutes ces victoires. Elles tiennent bien sûr au talent
de nos candidats, à Nicolas Sarkozy qu’il faut saluer car il nous a
aidé dans ce processus, mais aussi à une méthode : un projet concret,
une équipe avec des alliances cohérentes, un leader pour porter
l’ensemble. Et si nous le faisions à l’échelle de notre parti !
À ces conditions, nous n’avons rien à craindre de notre congrès. Et tout à espérer.
Et il convient de bien prendre la mesure de nos responsabilités. La
situation du pays est grave. La crise est là et il y a ceux qui
souffrent, qui ne disent rien, qui peinent et qui se demandent s’il y a
un autre chemin et ne se demandent même plus s’il y a encore place à la
politique, tant ils sont obligés de parer au plus pressé. La droite est
unie comme elle ne l’a jamais été sous la Vè République. Longtemps,
elle s’est divisée en plusieurs familles et ses querelles n’ont pas été
pour rien dans nos succès historiques. Aujourd’hui, l’UMP a tout
absorbé, tout dissous : le gaullisme, le centrisme et même le
lepénisme. Et la droite avec N. Sarkozy a perdu ses pudeurs. Elle se
revendique pour ce qu’elle est : bien à droite. Et elle est à
l’offensive en France comme en Europe. Certes, Nicolas Sarkozy la
malmène, la brutalise, la choque, mais il la soumet de gré ou de force.
Il en est le chef, au point de ne vouloir voir qu’une seule tête, la
sienne, au sommet de l’UMP.
Donc, face à cette force-là, il en faut une autre. D’une autre
nature dans ses valeurs, dans ses pratiques. Plus démocratique, plus
respectueuse, plus collective, mais tout aussi rassemblée et ferme dans
ses convictions.
Le Parti n’est pas seul dans l’opposition , mais il est le seul en situation d’incarner l’alternative .
Le centre est une indétermination et l’extrême gauche une protestation.
L’un et l’autre ne peuvent prospérer que sur un rejet, pas sur un
projet, que sur une vacance –la nôtre, pas sur une espérance.
Voilà pourquoi, en cette rentrée, nous sommes attendus avec
impatience et même avec exaspération pour jouer pleinement notre rôle
d’opposant capable de dénoncer et d’endiguer les remises en causes du
pacte républicain, mais aussi pour proposer des solutions aux problèmes
du pays et de porter un projet qui redonne un sens au progrès. Car il faut mener la bataille idéologique .
La droite prétend abusivement l’avoir gagné en ayant remis au goût du
jour l’individualisme, le mérite et l’autorité. Mais, sa politique
confrontée à la réalité remet paradoxalement au cœur de la société les
valeurs d’égalité, de solidarité et de laïcité. Et l’aspiration à la
cohésion est plus forte que le « sauve qui peut » individuel. Nul
n’imagine, sauf quelques privilégiés abrités des secousses planétaires,
pouvoir s’en sortir tout seul, protégé par je ne sais quel abri ou
blockhaus. La mondialisation n’a pas entraîné que la mise en
concurrence des économies. Elle a installé l’idée d’un destin commun,
d’une inter indépendance. Bref, d’une solidarité globale. C’est
pourquoi, dans ce contexte de crise le libéralisme, hier triomphant,
est à la peine. Et la guerre des civilisations engagée par les néo
conservateurs a produit davantage de désordres et d’insécurités. Bref,
le temps des régulations est revenu.
Le Parti socialiste doit prendre la mesure de la
nouvelle période qui s’ouvre et qui est celle d’une crise multiple,
générale, globale .
La crise est d’abord financière , avec les effets
sur le bilan des banques, des pertes sur les subprimes, et le processus
qui a déjà coûté 1000 milliards de dollars n’est pas achevé.
Elle est monétaire , avec les mouvements de parité qui affectent l’euro et le dollar.
Elle est économique , avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents et l’entrée en récession d’une partie de l’Europe.
Elle est énergétique , avec la multiplication par 5 du prix du pétrole en 5 ans.
Elle est écologique avec le réchauffement de la planète.
Elle est alimentaire , avec la progression des
cours des matières premières, ce qui provoque pénurie chez les plus
pauvres et inflation chez les autres.
Elle est immobilière , avec la remontée des taux d’intérêts, le resserrement des crédits.
Elle est boursière , puisque toutes ses secousses se transmettent sur ce marché-là qui, lui-même reprend la déstabilisation de l’ensemble.
Bref, la crise est générale , car elle touche tous
les domaines, tous les continents. Moins les pays en fort développement
(Chine, Inde, Brésil), mais les Etats-Unis et forcément l’Europe. Elle
produit une volatilité des prix et un ralentissement de la production
des richesses.
Elle est globale , car c’est le capitalisme
mondialisé qui est frappé dans toutes ses dimensions, puisque tous les
marchés sont affectés : les marchés financiers, les marchandises, le
travail.
Il faut prendre la dimension de la gravité de cette crise, ne pas la
sous-estimer. Souvenez-vous, la droite, il y a un an, lorsque la crise
est née, la Ministre de l’Economie est des finances s’en défendait,
disant que c’était aux Etats-Unis –ce qui était vrai- et que cela ne
viendrait pas chez nous. Puis, la crise est venue en Europe. Et on nous
expliquait que nous étions protégé ! C’est comme Tchernobyl, cela
passera à côté ! Et puis, la crise nous frappe et on nous affirme qu’il
y a une politique, qu’il y a des réformes et qu’ils feront plus que les
autres. Et bien, aujourd’hui, nous faisons moins que les autres. Mais
il faut aussi ne pas simplement être dans le constat. Les dérèglements
que nous vivons ne sont pas le produit de circonstances malheureuses ou
d’un choc extérieur. Ils sont la conséquence de choix politiques :
dérégulation des marchés, financiarisation de l’économie, désengagement
des autorités politiques, privatisations, mises en concurrence des
services publics…
Raison de plus pour appeler à des solutions qui relèvent de notre
famille de pensée et qui renversent les rapports de force. Les
libéraux, finalement, sont des pragmatiques. Aux Etats-Unis, ils ne se
posent pas de question. Ils en viennent maintenant, les conservateurs
américains, à nationaliser le crédit. Les anglais font des choix
comparable, compte tenu de la gravité de la faillite bancaire. Et il y
en a même, dans les pays gérés par les plus libéraux, qui invente
protection, voire protectionnisme.
Nous n’avons pas à prendre nécessairement ces options, mais à quand
même justifier l’intervention de l’Etat, la coordination, la
régulation… Bref, ce qui fait une politique économique de gauche et de
progrès
C’est pourquoi, nous devons montrer la pertinence de nos
propositions, avec les socialistes européens. Il y a cinq points
essentiels si nous voulons sortir l’économie mondiale des dérèglements
dans laquelle elle a sombré :
• Conférence financière : nouveau Bretton Woods permettant la
stabilité des parités Euro/Dollar, la coordination des politiques
monétaires et la régulation du système financier.
• Renforcement des institutions financières multilatérales pour leur
permettre, avec la Banque Centrale, de contrôler le système bancaire et
de le punir sinon la spéculation trouvera toujours sa récompense.
• Soutien à la production agricole des pays en développement et une
réforme de la PAC et de négocier à l’OMC une politique digne de ce que
doit être le monde.
• Plan de développement des énergies alternatives , pour réduire la
dépendance pétrolière et construire un monde protégé du réchauffement
de la planète.
• Réorientation de la construction européenne autour de la
coordination des politiques économiques, d’une politique commune de
l’énergie et le lancement d’un grand emprunt pour financer les PME, le
logement et les investissements en matière de Recherche et de
technologie.
Mais, à ce désordre du capitalisme financier s’ajoute l’instabilité du monde .
L’effondrement du mur de Berlin n’a pas été la fin de l’Histoire. Il a
certes consacré l’hyper puissance américaine, mais a libéré d’autres
puissances : la Chine, l’Inde et même la Russie, après le moment
nécessaire pour retrouver ses forces et renouer avec sa propre
histoire, c’est-à-dire l’empire. Il a mis à jour les tensions que la
guerre froide avait gelées et que les frustrations nées de conflits
trop longtemps ouverts –notamment en Palestine- ont exacerbées. Le
retour des nationalités et des identités religieuses fournissant le
terreau propice à ces conflits et au terrorisme.
Là encore, il y a des causes : l’unilatéralisme américain,
l’affaiblissement de l’ONU et le mépris du droit international ont
produit une suite de chocs qui se répercutent les uns sur les autres :
l’intervention américaine en Irak, le mauvais dénouement de la crise au
Kosovo, l’impunité de la Chine quant à ses manquements aux droits de
l’Homme et, plus récemment encore, la violation de l’intégrité
territoriale de la Géorgie par la Russie ont pu donner raison à la
force sur le droit.
Jamais la nécessité d’un nouvel ordre international n’a paru aussi nécessaire autour
de trois principes que nous portons depuis des années : le renforcement
et la démocratisation des institutions internationales, à commencer par
l’ONU ; le respect du droit et de l’intégrité territoriale ;
l’organisation d’une politique du développement à l’échelle de la
planète.
Pour y parvenir, beaucoup dépendra des élections américaines, mais
aussi de l’Europe. La victoire de Barack OBAMA ne sera pas simplement
une bonne nouvelle pour le peuple américain, mais pour l’ensemble du
monde. Pas simplement parce qu’il mettra un terme à 8 ans de pouvoir
néo-conservateur, mais parce que Barack OBAMA sanctionnera l’insécurité
générale à l’échelle de la planète qu’a provoqué la politique de Bush,
parce qu’il portera l’affirmation d’une nouvelle diplomatie qui, du
retrait d’Irak jusqu’au réinvestissement dans les négociations
israélo-palestiniennes, donnera au monde les conditions d’un règlement
dans le cadre d’organisations internationales que Barack OBAMA s’engage
à renforcer. Je veux, ici, cependant éviter de rendre plus difficile
l’élection de Barack OBAMA aux Etats-Unis, s’il était rapporté qu’à
l’université d’été de La Rochelle les socialistes lui avaient accordé
leur soutien ! Nous ne dirons rien, mais nous ferons tout pour
convaincre tous les Américains que nous connaissons qu’il faut la
victoire de Barack OBAMA au mois de novembre prochain. Mais rien n’est
fait et ce sera dur. C’est toujours dur de gagner une élection. Il ne
suffit pas de choisir le candidat ou la candidate ; il faut après mener
campagne, être uni, porter un projet, répondre aux mauvais coups et
éviter que la peur, la stigmatisation, le besoin d’autorité finissent
par mettre en cause les valeurs de progrès. Mais si cette victoire
était décidée par le peuple américain, ce serait un nouveau vent de
modernité et de démocratie partout dans le monde.
Mais, cessons d’attendre notre salut des Américains ! L’Europe doit
elle-même prendre en main son destin. L’Europe est à la peine. Elle
n’est pas capable d‘approuver des institutions. Elle n’est pas capable
de poser une politique extérieure et de sécurité commune. Elle n’est
pas capable de se retrouver sur une position claire concernant le
Kosovo. Elle n’est pas capable, sur la Chine ou sur la Russie,
d’affirmer un certain nombre de convictions… Surtout quand l’Union
européenne est présidée par N. Sarkozy, cela ne rend pas les choses
plus faciles. À nous, socialistes, de porter, à travers notre manifeste
européen, de porter ces idées qui peuvent faire avancer l’Europe.
Et, le moins que l’on puisse dire est que la diplomatie française,
depuis un an, alors même qu’elle exerce depuis le mois de juin la
responsabilité de la Présidence de l’Union, n’a pas contribué à cette
cohérence.
La politique étrangère de Nicolas Sarkozy est à l’image de sa politique intérieure .
Fondée sur le coup d’éclat permanent, autour de lui, de sa propre mise
en scène personnelle, sa diplomatie lui ressemble, brouillonne et
contradictoire : cet été en a été l’illustration : invitation
malencontreuse du Président Syrien au défilé du 14 juillet, volte face
successive sur sa présence aux cérémonies d’ouverture des Jeux
Olympiques et que dire de sa rencontre virtuelle (je n’ose dire
spirituelle) avec le Dalaï Lama, précipitation et naïveté dans sa
médiation pour faire cesser le feu en Géorgie, discours emprunté de la
guerre des civilisations pour justifier la présence de nos forces en
Afghanistan.
La tragédie qui a coût la vie à 10 de nos soldats et qui en a blessé
plus de 20, dans des conditions qui n’ont pas encore été entièrement
éclaircies, pose légitimement la question de notre engagement dans ce
pays. Nous y sommes depuis la fin de l’année 2001 et la décision
qu’avaient prise Lionel Jospin et Jacques Chirac après les attaques du
11 septembre de renverser le régime taliban qui abritait Al Qaïda.
Nicolas Sarkozy, après avoir proclamé pendant la campagne, que notre
présence là-bas n’était pas décisive –justifiant ainsi un retrait
rapide- a, en avril dernier, changé de position en procédant à l’envoi
de renforts et en modifiant la mission de nos forces sur place.
Nous avions évoqué, à l’occasion d’une motion de censure, les
dangers d’un enlisement et les risques pour la sécurité de nos soldats.
Ne nous félicitons pas d’avoir eu raison trop tôt. Ce serait déplacé.
La lutte contre le terrorisme est une cause majeure et ce fléau prendra
du temps pour être éradiqué. Le prochain débat parlementaire sera
néanmoins l’occasion de redéfinir notre stratégie dans cette région.
L’Afghanistan a besoin de la France et notre pays doit participer à
la lutte contre le terrorisme. Mais, nous avons à poser des conditions :
• Redéfinir les objectifs de la force internationale : elle doit
permettre aux Afghans d’assurer leur propre sécurité et non pas devenir
–au nom du maintien de l’ordre- une armée d’occupation.
• Sécuriser la présence de nos soldats par un renforcement des moyens de renseignement.
• Etablir un calendrier quant la durée possible de la mission.
• Mettre l’accent sur la reconstruction civile et le dialogue.
• Enfin, traiter politiquement l’ensemble de la région, et notamment le Pakistan, véritable base arrière des Talibans.
C’est pour cette remise à plat de notre stratégie que nous allons
plaider lors du débat au Parlement. Si ces conditions sont remplies,
nous apporterons notre appui ; si elles ne le sont pas, nous n’y
consentirons pas.
C’est donc dans ce contexte lourd, grave, inquiétant, que s’effectue cette rentrée. La France subit tous les soubresauts de ces crises ,
mais avec une intensité plus grande que chez nos voisins, tant notre
pays paraît plus vulnérable, plus fragile et, pour tout dire, mal
gouverné.
Depuis un an, mais convenons que cela avait commencé avant puisque
je rappelle que la droite est au pouvoir depuis 6 ans et qu’il y aurait
illusion factice de la part de N. Sarkozy de prétendre qu’il n’est là
que depuis un an, nous vivons une forme de déclassement :
• Déclassement économique : notre
croissance est l’une des plus faibles de la zone euro. Elle sera à
peine de 1 % en 2008 contre 2 % attendu. Nous faisons moins de
croissance que partout ailleurs. Le pouvoir d’achat est en baisse de
près de 1 %, l’investissement des entreprises a reculé, les mises en
chantier de logement sont en diminution de plus de 100 000 par rapport
à l’an dernier, notre commerce extérieur va dépasser un déficit record
de 50 milliards d’euros, révélant la dégradation structurelle de nos
entreprises.
Enfin, le déséquilibre de nos finances publiques est tel (plus de 40
milliards d’euros contre un excédent de 7 milliards en Allemagne) que,
non seulement il nous met en contravention avec nos engagements
européens, mais qu’il nous prive de toute capacité de relance,
l’ensemble de nos marges de manœuvre ayant été absorbé par le coût du
paquet fiscal voté l’année dernière. Si bien que le gouvernement, pour
montrer qu’il fait quelque chose en est réduit à se réunir tout en ne
décidant de rien. Voilà comment le gouvernement agit : il se voit et
décide que sa politique est bonne puisque les réformes sont en cours.
• Déclassement social : le malaise
aujourd’hui est celui de la France qui travaille et qui n’a rien vu en
termes d’évolution salariale, mais qui a tout relevé de la progression
de la précarité, de la remontée du chômage –et notamment des jeunes, et
qui supportent la dérégulation du droit du travail puisque, au prétexte
de remettre en cause les 35 heures, c’est toute l’organisation du temps
de travail et la rémunération des heures supplémentaires qui sont
soumises à la seule décision patronale. Les cadres et les personnels au
forfait jour en sont les premières victimes, mais c’est tout le
salariat qui découvre qu’il va travailler davantage pour ne pas gagner
plus.
Dans le même temps, l’accès à la santé est rendu plus difficile par
les franchises, les dépassements d’honoraires, les déremboursements, le
renchérissement des mutuelles.
Enfin, les règles en matière de droit à la retraite sont durcies,
sans prise en compte de la pénibilité et des différences dans
l’espérance de vie. Ce système aboutit à ce que les plus modestes, qui
vivent donc une grande pénibilité dans leur travail, sont obligés de
travailler plus longtemps quand d’autres peuvent s’acheter une retraite
par capitalisation.
Les jeunes vivent sans doute avec plus d’acuité le déclassement par
rapport à la vie de leurs parents : mobilité sociale plus difficile,
qualité du travail dégradée, accès au logement parfois impossible, et
doute sur la protection contre les aléas de la vie.
Plus largement, le pacte social français est remis en cause par
l’individualisation des rapports sociaux et par une forme de
légitimation des inégalités au nom du mérite. Jamais les écarts entre
rémunérations n’ont été aussi importants. Et la politique fiscale du
gouvernement, loin de les réduire, les a élargis.
Le pouvoir n’a pour seule rustine que le RSA. Nous en partageons la
philosophie, celle d’encourager le retour au travail ; nous en voyons
l’intérêt pour un certain nombre de familles touchées par la précarité
(1,7 millions de travailleurs pauvres) d’avoir un cumul entre une
prestation et un emploi, mais nous en voyons les risques en matière
d’éclatement du travail et de développement du temps partiel. Un tel
dispositif ne peut résumer une politique sociale et même une politique
d’emploi. Son financement éclaire les contradictions fiscales de
Nicolas Sarkozy. Après avoir voulu, initialement, réduire la PPE pour
couvrir la charge du RSA, c’est-à-dire demander aux salariés modestes
de payer pour les plus pauvres, voilà que, dans une exceptionnelle
prise de conscience, une rare audace, il en appelle aujourd’hui aux
revenus du patrimoine par une taxe de 1,1 % pour trouver les 1,5
milliards d’euros qui manquent. Marquons le point. Nous nous sommes
opposés pour que les salariés touchant la PPE ne soient pas ponctionnés
pour financer le RSA. Ils reculent. Soyons en plutôt fiers. Nous sommes
une opposition qui fait des propositions ; c’est bien pour qu’elles
soient reprises ! Certains disent « c’est affreux, il a repris une
proposition de la gauche ! ». Mais, nous en avons d’autres ; nous
pouvons leur donner l’ensemble du programme ! Je doute que Nicolas
Sarkozy en fasse bon usage ! N’ayons aucune réserve ; chaque fois que
le pouvoir recul, c’est nous qui avançons ; chaque fois qu’une idée de
justice paraît avancer, c’est nous qui la portons. Mais il faut
regarder de plus près et continuer la pression. Nous avons évité le
pire, mais le compte n’y est pas. Il serait plus cohérent et plus
équitable de revenir sur le paquet fiscal plutôt que de recourir à
cette politique de gribouille qui frappe indistinctement tous les
épargnants (14 millions de Français dont près de 40 % sont des
catégories populaires ou employés), quels que soient leurs revenus. Ou
plutôt qui, avec le mécanisme du bouclier fiscal, exonèrera de tout
prélèvement supplémentaire une catégorie de contribuables : les plus
fortunés du pays, les seuls qui seront dispensés de tout effort, les
seuls qui ne paieront pas pour les plus modestes du pays ! N. Sarkozy
vient de leur faire un cadeau supplémentaire tout en annonçant le
nouveau mode de financement du RSA. Ils n’ont plus besoin de demander
au fisc leur chèque. Ils pourront le déduire directement de leur
déclaration d’impôt. Bientôt, on va envoyer les agents du fisc en tenue
d’apparat leur remettre leur chèque du trésor public qui peut parfois
dépasser les 20 000, 50 000, 100 000 euros.
Cette sanctuarisation des gros patrimoines, c’est la seule constante
de la politique fiscale de Nicolas Sarkozy. Pour le reste, la baisse
des prélèvements obligatoires (- 4 points) est un lointain souvenir de
campagne. Il devient difficile de faire le compte exact du nombre de
taxes qui ont été créées depuis un an. Les experts eux-mêmes sont
circonspects. Plus de 10 paraît-il auraient été créées : franchise
médicale, cotisation retraite, contribution sur les mutuelles, taxe sur
les opérateurs de téléphonies, taxe sur les fournisseurs d’accès à
internet, taxe sur la participation, taxe sur l’intéressement sans
oublier la taxe sur la vente du poisson ; ce sera bientôt la gabelle,
la taille, et pourquoi pas la taxe sur les portes et les fenêtres ! La
taxe qui rapporterait le plus serait celle sur les mouvements de
Nicolas Sarkozy ! Une chose est sûre : si les Français travaillent
peut-être plus, depuis un an, ils paient plus.
• Le déclassement est moral : la France,
au-delà de ses sensibilités philosophiques, se reconnaissait depuis
longtemps dans des valeurs communes : l’égalité républicaine, le
respect des droits de la personne humaine, le pluralisme, la laïcité.
Or, sur tous ces terrains, nous vivons une forme de déclin. L’école de
la République est attaquée par une réduction de son ambition, de ses
moyens, de ses effectifs (25 000 suppressions en deux ans), réduction
du temps scolaire et de ses programmes. Et la suppression totale de la
carte scolaire aboutit parallèlement à un creusement des inégalités
entre établissements et à l’accentuation des phénomènes de ghetto.
La France des libertés ne se reconnaît
pas davantage dans les manquements à la laïcité et dans la
confessionalisation des esprits. Et que dire du fichage de la
population supposée dangereuse avec « Edwige » qui va même jusqu’à
mettre des enfants de 13 ans –alors qu’ils n’ont commis aucun délit-
mais parce qu’ils seraient supposés être des menaces à l’ordre public,
la politique du chiffre en matière d’immigration, les tests ADN et
l’état indigne de nos prisons surpeuplées par une politique pénale qui
a fait de l’enfermement la seule prévention de la délinquance.
La France du pluralisme vit comme un
retour à un autre temps, celui de N. Sarkozy quand il était jeune,
celui de l’ORTF –celui de son programme préféré : « bonne nuit les
petits »- la paupérisation du service public et la subordination
politique consacrée par la loi faisant nommer les futurs dirigeants de
l’audiovisuel public par N. Sarkozy lui-même, même si le Parlement sera
consulté. Et que dire de la confusion permanente des genres, des
amitiés et des intérêts qui fait que tout mouvement dans la presse fait
l’objet d’une insupportable suspicion. Et que, quels que soient les
changements de présentateur du journal de 20 h, c’est toujours le Chef
de l’Etat qui en fait l’animation principale sans aucune
comptabilisation de son temps de parole et donc compensation. Jamais le
pouvoir personnel n’a atteint ce paroxysme institutionnel. Et la
révision de la Constitution n’y changera rien. Sauf qu’elle aura
contribué à effacer le Premier ministre et donné davantage de moyens
non pas à l’opposition, mais à la majorité. Il y a semble-t-il des
états d’âmes après le ce vote. Je pense que nous avons eu raison, et
l’histoire le confirmera, que nous n’avions pas à cautionner cette
réforme-là qui a donné davantage e pouvoir au Président de la
République, qui n’a rien changé sur la réforme des scrutins, qui a
consacré la domination sur l’audiovisuel et il s’est fallu de peu. Nous
avons fait notre devoir. Nous nous sommes opposés à un mauvais texte, à
une mauvaise pratique et à un mauvais Président de la République.
Voilà la France, un an après l’élection de N. Sarkozy : déclassée, divisée, désespérée .
Il nous revient de la défendre. C’est le sens du combat de nos
parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat. Au Sénat, il va
falloir que nous soyons plus nombreux. Nous ne serons pas majoritaires,
même s’il y aurait quelque logique à y être puisque nous avons gagné
presque toutes les élections locales et que le Sénat est paraît-il la
Chambre des collectivités locales. Mais le mode de scrutin fait, à
chaque fois, le lit de la droite. Nous sommes donc, quelques-uns
d’entre nous, en campagne et nous défendons les territoires. C’est la
tâche de nos élus locaux, face à un Etat qui quitte le territoire. La
privatisation de La Poste en est une nouvelle illustration. Pourtant,
en ce moment, pas facile de trouver des élus de droite. Ils font
campagne sur l’apolitisme ; ils ne connaissent pas l’UMP, n’ont jamais
entendu parler de Nicolas Sarkozy. Ils veulent seulement servir. Mais
une fois qu’ils auront été servis, ils s’inscriront bien au groupe UMP
au Sénat. Donc faisons en sorte, même si cette élection peut paraître
lointaine, de rééquilibrer les forces.
Nous aurons aussi à mener campagne. Il faut que, pendant la période
de notre congrès, nous soyons nous aussi à l’offensive sur la rentrée
scolaire, les atteintes aux droits du travail, le pouvoir d’achat.
Mais, nous avons aussi, dans ce contexte de crise, à démontrer la pertinence de nos propositions.
Et d’abord, nous devons dire ce que nous ferions pour sortir la France de cette crise .
La première priorité , c’est de redresser
les performances de notre économie, y compris la compétitivité de
l’économie qui est là dégradée, entamée. On ne peut pas faire comme si
un plan de relance pouvait simplement consacrer une augmentation du
pouvoir d’achat. Donc :
• Encourager l’investissement par une modulation de l’impôt sur les
sociétés selon que le bénéfice est mis en réserve ou distribué ;
• Soutenir les PME innovantes par la création d’un fonds national de
participation au capital de ces entreprises technologiques et
l’introduction d’un livret d’épargne dédié à l’investissement dans les
nouvelles technologies ;
• Nouer un contrat entre l’Etat et les collectivités locales pour le lancement d’infrastructures, et notamment écologiques.
La deuxième priorité , c’est de donner du pouvoir d’achat aux Français :
• Conditionner les exonérations de cotisations sociales (près de 26
milliards d’euros aujourd’hui) à la conclusion d’accords salariaux et
non pas à la négociation ou à l’ouverture;
• Relever la prime pour l’emploi (PPE) qui va d’ailleurs être gelée dans le cadre du financement du RSA ;
• Mettre en œuvre de manière effective le chèque transport. Cela
fait deux ans que le texte est voté. Cela fait deux ans que le patronat
refuse de l’appliquer. Cela fait deux ans que l’Etat n’a pas mis un
seul euro pour soulager la hausse des carburants sur les salariés.
• Lancer un plan massif d’économie d’énergie en direction des ménages, notamment dans les logements.
Enfin, la troisième priorité , c’est la
préparation de l’avenir. Nous réussirions à mobiliser des financements
pour l’investissement dans l’Education dès la petite enfance, la
Recherche. Barack OBAMA disait, lui, qu’il voulait créer une « armée »
d’enseignants, d’éducateurs. Nous dirions cela, on nous répondrait
qu’elle existe déjà. Oui, mais nous, nous la mobiliserions cette «
armée », on la créditerait du rôle irremplaçable de transmettre le
savoir, on valoriserait ses compétences, on donnerait aux nouveaux
enseignants la formation dont ils vont être privés. On ferait de
l’université française non pas une concurrence entre établissements,
mais une force pour nos étudiants, alors que nous perdons chaque année
des rangs dans le classement des grandes universités. Et puis, nous
redresserions les finances publiques car on ne peut pas préparer
l’avenir avec un endettement qui progresse chaque année, avec des
charges d’intérêts qui sont précisément liées au renchérissement du
coût de l’argent. Nous remettrions en cause, même si ce n’est pas
facile, les allègements fiscaux accordés aux plus favorisés de nos
concitoyens.
Mais, au-delà de l’urgence, notre projet, c’est de concevoir une
nouvelle étape pour le progrès, c’est de promouvoir un Etat préventif
fondé sur une logique d’investissement social et écologique, qui
consiste à préparer plutôt qu’à réparer, à armer les individus au plus
tôt dans la vie pour permettre leur réussite et non pas laisser
fonctionner les marchés pour ensuite indemniser les perdants. Nous
voulons que tous soient gagnants. C’est passer d’un Etat providence
infirmier à un Etat providence investisseur qui, part des politiques
sociales pour être des facteurs de richesse future.
C’est cette bataille d’idées autour d’une nouvelle solidarité qu’il faut engager .
Face à la droite dont le système de pensée se résume au triptyque :
individualisation, marchandisation, communautarisation, nous devons
apporter la preuve que les valeurs collectives permettent
l’émancipation, que la durée des politiques publiques est parfois plus
importante que le traitement de l’urgence et que les valeurs de la
République peuvent justement servir de levier pour promouvoir une
solidarité fondée sur l’accomplissement et la réussite personnelle.
Voilà le message qu’il faut adresser à nos concitoyens. Il
appelle un changement de modèle de développement, mais aussi de
conception de l’Etat, de contenu des politiques, de pratiques
démocratiques. On ne peut pas diriger seul un pays. C’est la grande
illusion de celui qui est au sommet de l’Etat. Il pense qu’il n’a que
des incapables autour de lui –c’est lui qui peut en juger. Il pense
qu’un Parlement est accessoire. Il pense qu’il peut réussir seul. Nul
ne peut réussir seul, surtout avec un mauvais projet. Nous devons aller
plus loin. Bien sûr qu’il faut une autorité, bien sûr qu’il faut une
décision, mais il faut être capable de mobiliser des énergies.
Il suppose du mouvement, de l’innovation compte tenu de l’étroitesse
des marges financières. Il exige des propositions précises et
concrètes. Nous avons fait fausse route et j’en prends ma part. Nous
écrivons toujours des projets globaux, où les propositions s’ajoutent
aux autres, nous n’oublions personne et laissons croire que l’on peut
tout faire. Ce n’est plus possible. Il faut donner cinq ou six
propositions concrètes, lesquelles d’ailleurs donnent du sens, qui
éclairent les valeurs. Nous le ferons et nous en ferons d’autres après.
Il ne nie pas la nécessité de l’effort, à condition qu’il soit
justement réparti, mais il affirme que la marche du progrès n’est pas
arrêtée : progrès humain, économique, écologique, social… Bref, que la
société avance, qu’il n’y a pas de pause ni de recul, que l’humanité
n’a pas achevé son histoire ou clôt son destin, que le premier devoir
de la politique est de permettre à chacun de réussir sa vie. C’est le
sens même de l’idéal que nous portons.
En cette rentrée, la préparation de notre congrès ne doit pas nous détourner de notre tâche :
• Aller au contact de nos concitoyens ;
• Gagner les élections sénatoriales ;
• Rassembler la gauche . Le groupe de liaison va se réunir le 3
septembre. Et j’avais souhaité qu’il passe à une autre étape. Pas
simplement pour exprimer une opposition commune, mais pour rechercher
des convergences sur les sujets essentiels. J’avais proposé à nos
partenaires de gauche, le 21 août à Toulouse chez les Verts, le
lancement de forums sur l’alternative, permettant la construction d’un
projet politique commun. M. G. BUFFET vient de répondre favorablement,
acceptant de travailler sur les conditions d’un projet commun. Il y a
les élections européennes qui approchent. Cette gauche, par
tradition,partira chacune sous ses couleurs. Je ne me plains pas que
les Verts fassent leur unité, leur rassemblement. Ils font plutôt le
bon chemin. Nous avons besoin de toutes les composantes de la gauche.
Quand le Parti socialiste est fort mais qu’il n’a plus de partenaire,
il ne gagne pas. A l’inverse, quand le PS est faible et qu’il a trop de
partenaires, il ne gagne pas davantage. Donc il faut un PS le plus fort
possible et des partenaires qui font leur travail politique et qui
viennent surtout porter un projet avec nous ;
• Marquer notre identité par rapport à l’extrême gauche. La LCR a
changé de nom, mais pas de logique. La LCR n’attend pas de savoir qui
va être le Premier secrétaire du Parti socialiste pour engager une
discussion. Elle considère que l’enjeu, ce n’est pas l’alternative
électorale, mais les luttes. Le Nouveau Parti Anti capitaliste refuse
toute alliance avec le PS.
CONCLUSION
Il faut avoir confiance en nous, en notre histoire, en notre avenir.
Comment voulez-vous attirer si vous n’avez pas confiance en ce que nous
sommes.
Tirons toutes les leçons de nos échecs, n’oublions rien de nos
victoires, ne dénigrons pas notre travail collectif. Ne sombrons pas
dans le travers que nous dénonçons chez nos adversaires : l’hyper
présidentialisation ne doit pas conduire à l’hyper personnalisation.
Le PS est un outil humain formidable . Il compte
tous les talents possibles. Il dispose du plus large réseau d’élus.
Aucune organisation politique n’est capable d’avoir cette richesse
humaine, hommes et femmes à parité (pas partout) qui se dévouent, qui
transforment, qui agissent, qui changent ce pays. Il fédère près de 200
000 militants dévoués, avec un mouvement de jeunes le plus dynamique de
toutes les organisations politiques, et dont l’autonomie –même à mon
égard pendant 10 ans- n’empêche pas la loyauté. Il est plus uni sur ses
engagements principaux qu’il n’en donne l’image. On l’a vu sur la
déclaration de principes. Il a auprès de lui les meilleurs experts dont
il n’utilise pas cependant au mieux tous les travaux. Alors, que lui
manque-t-il ? La cohésion et la cohérence. Ce sont deux conditions
indispensables pour asseoir la crédibilité.
Elles ne sont pas suffisantes. Il lui faut une plus grande clarté
dans ses réponses et dans sa stratégie et une plus grande modernité
dans ses pratiques. C’est tout l’enjeu du congrès.
Il lui faut, enfin, se mettre au vrai avec les institutions. Le fait
présidentiel est là. L’inversion du calendrier fait de cette échéance
le scrutin majeur. Nous devons sans fausse pudeur en tenir compte, mais
le rôle que nous accorderons au parti témoignera de la place, en cas de
succès, que nous accorderons au Parlement et, de notre capacité à
travailler en équipe aujourd’hui, dépend notre pratique du pouvoir
demain.
Voilà ce que je voulais vous dire avant de transmettre le témoin pour reprendre la course d’une autre façon.
Alors, on me demande « alors, vous êtes inquiet de ce qui peut se produire au PS ? Tout n’est pas rassurant ! ».
Je vais vous dire pourquoi je suis confiant : parce que ce sont les
militants qui vont décider par leur vote ; ce sont eux qui vont faire
le choix, la décision. Et ils le feront en liberté et en
responsabilité. Ils le feront en fonction du seul intérêt qui vaille :
celui du Parti socialiste. Ils le feront dans la seule perspective de
servir les Français, en donnant une force à la gauche. Ils le feront en
cohérence avec notre histoire récente. Ils le feront avec la volonté de
trouver l’issue et non pas de la rendre plus difficile. Ils refuseront
les artifices, les confusions.
Je crois à la lucidité, à la responsabilité, à la sincérité. Et
c’est pourquoi j’ai confiance, puisque je vous fais confiance. Et qu’au
terme de ces années où vous m’avez majoritairement soutenu,
minoritairement supporté, mais toujours accompagné, je tiens, chers
amis et camarades, pour ce que nous avons fait ensemble et tout ce
qu’il nous reste à accomplir, à vous dire deux mots : d’abord merci.
Merci du fond du cœur d’avoir fait que le Parti socialiste est là et
prêt demain à franchir une nouvelle étape. Ensuite, à demain.
Et je vous fixe un devoir : au combat, à l’offensive au service des Français et de nos idées
posted on 2008-09-03 03:28
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