Pour l’instant, le style de la propagande
unilatérale déployée dans les médias officiels chinois, en attisant le
ressentiment ethnique et en exacerbant la tension résultant de la
situation actuelle, a considérablement miné l’objectif à long terme de
la sauvegarde de l’unité nationale: nous appelons à mettre un terme à
ce type de propagande.
Nous soutenons l’appel du dalaï Lama en faveur de
la paix, nous espérons qu’en suivant les principes de bienveillance, de
paix et de non-violence, une issue favorable sera trouvée aux
affrontements ethniques. Nous condamnons toutes les actions violentes
dirigées contre des civils innocents, et exhortons fermement le
gouvernement chinois à arrêter la répression violente ; nous appelons
aussi la population tibétaine à s’abstenir de toute action violente.
Le gouvernement chinois affirme dans sa propagande
qu’"il existe suffisamment de preuves pour démontrer que la clique du
dalaï lama a organisé, prémédité et planifiée dans le moindre détail"
les événements présents. Nous espérons que le gouvernement produira ces
preuves, et nous proposons que le gouvernement invite le Conseil des
Droits de l’homme de l’ONU à diligenter une enquête indépendante sur
ces preuves et sur le déroulement des événements eux-mêmes, ainsi que
sur le nombre des morts et de blessés, s’il souhaite infléchir le point
de vue contraire et l’attitude de doute qui prévalent dans la
communauté internationale.
Nous estimons que des déclarations dans le style de
la Révolution culturelle, comme celles faites par le dirigeant du Parti
communiste dans la région autonome du Tibet, affirmant que "le Dalai
Lama est un chacal en habit de moine, un démon à face humaine et au
cœur de bête sauvage" ne sont d’aucune aide pour apaiser la situation,
et n’améliorent pas l’image du gouvernement chinois. Nous estimons que
le gouvernement chinois, qui cherche à tout prix à s’intégrer à la
communauté internationale, doit montrer un visage conforme à un style
de gouvernement moderne civilisé.
Nous notons que le jour même où des actions
violentes ont éclaté à Lhasa (le 14 mars), les responsables de la
région autonome du Tibet ont déclaré détenir "suffisamment de preuves
pour démontrer que la clique du dalaï lama a organisé, prémédité et
planifiée cela dans le moindre détail". Cette déclaration montre que
les autorités du Tibet savaient à l’avance que des violences allaient
éclater, mais qu’elles n’ont pris aucune mesure efficace pour les
empêcher ou les contenir. Il convient de mener une enquête rigoureuse
afin de déterminer s’il y a eu négligence et d’en tirer des
conséquences s’il y a lieu.
Si, en fin de compte, il est impossible de
démontrer que les événements ont été organisés, prémédités, et
planifiés dans le moindre détail, et qu’il s’avère qu’il s’agissait
d’une "révolte populaire" provoquée, il faudra rechercher les
responsables qui ont provoqué cette révolte populaire et fabriqué de
fausses informations pour tromper le gouvernement central et la
population. Il faudra également entamer une réflexion approfondie, et
tirer les leçons de cette expérience, afin d’éviter que de tels
événements se reproduisent.
Nous appelons vigoureusement à ne pas faire subir
au peuple tibétain d’investigation généralisée ni de règlements de
comptes. Le jugement de ceux qui auront été arrêtés devra suivre une
procédure juridique ouverte, juste et transparente, faute de quoi il ne
permettra pas d’apaiser toutes les parties impliquées.
Nous exhortons le gouvernement chinois à permettre
à des médias chinois et étrangers qui jouissent de la confiance
publique à se rendre dans les zones tibétaines afin d’y conduire des
entretiens indépendants. Nous estimons que le blocage médiatique actuel
ne peut que susciter la méfiance des citoyens et de la communauté
internationale ; il endommage la crédibilité du gouvernement chinois.
Si le gouvernement contrôle la situation, il n’a aucune raison de
craindre une enquête méticuleuse. C’est seulement en adoptant une
attitude ouverte que notre gouvernement pourra infléchir la défiance
actuelle de la communauté internationale envers lui.
Nous appelons le peuple chinois et les Chinois de
l’étranger à conserver une attitude calme et tolérante, et à se
consacrer à une réflexion profonde. L’affichage d’un nationalisme
véhément ne provoquera que le rejet de la communauté internationale, et
nuira davantage à l’image internationale de la Chine.
Dans les années 1980, les protestations au Tibet se
sont toujours limitées à Lhasa, cette fois elles se sont diffusées à
toutes les régions tibétaines. Cette détérioration de la situation
démontre que la politique tibétaine reste entachée de graves
manquements ; les administrations concernées doivent faire leur examen
de conscience et changer radicalement une politique ethnique qui a
ainsi démontré son échec.
Afin d’éviter que de tels événements se
reproduisent, le gouvernement chinois doit respecter le droit à la
liberté de religion et à la liberté de parole clairement stipulés dans
la constitution chinoise, permettre à la population tibétaine
d’exprimer pleinement son mécontentement et ses espoirs, et permettre
aux citoyens de toutes les ethnies d’exprimer leurs critiques et leurs
propositions vis-à-vis de la politique ethnique du gouvernement.
Nous estimons qu’il faut éliminer le ressentiment
ethnique, réaliser l’harmonie entre les ethnies et cesser d’exagérer la
division entre les différents ethnies. Si un pays veut éviter le
démembrement, il doit d’abord éviter la fracture ethnique. Pour cette
raison, nous appelons les dirigeants chinois à dialoguer directement
avec le dalaï lama. Nous espérons que les Chinois et les Tibétains
pourront éliminer les malentendus, développer les échanges, et réaliser
l’union entre eux. Qu’il s’agisse des agences du gouvernement, ou des
organisations populaires et des personnalités religieuses, tous doivent
œuvrer en vue de cet objectif.
22 mars 2008
premiers signataires:
Wang Lixiong (Pékin, écrivain), Liu Xiaobo
(Pékin, écrivain indépendant), Zhang Zuhua (Pékin, juriste
constitutionnaliste), Sha Yexin (Shanghai, écrivain, Hui), Yu Haocheng
(Pékin, juriste), Ding Zilin (Pékin, professeur), Jiang Peikun (Pékin, professeur), Sun Wenguang (Shandong, professeur), Yu Jie (Pékin, écrivain), Ran Yunfei (Sichuan, éditeur, Tujia), Pu Zhiqiang (Pékin, avocat), Teng Biao
(Pékin, avocat, universitaire), Liao Yiwu (Sichuan, écrivain), Jiang
Qisheng (Pékin, universitaire), Zhang Xianling (Pékin, ingénieur), Xu
Jue (Pékin, chercheur), Li Jun (Gansu, photographe), Gao Yu (Pékin,
journaliste), Wang Debang (Pékin, écrivain indépendant), Zhao Dagong
(écrivain indépendant), Jiang Danwen (Shanghai, écrivain), Liu Yi
(Gansu, peintre), Xu Hui (Pékin, écrivain), Wang Tiancheng (Pékin,
universitaire), Wen Kejian (Hangzhou, profession libérale), Li Hai
(Pékin, écrivain indépendant), Tian Yongde (Mongolie intérieure,
défenseur de droits populaires), Zan Aizong (Hangzhou, journaliste),
Liu Yiming (Hubei, écrivain indépendant), Liu Di (Pékin, profession
libérale).
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