Savez-vous ce que je suis en train de faire ? Je siffle la Marseillaise. Mais est-ce que je siffle la Marseillaise
de la même façon que ceux qui la sifflaient il y a deux jours au stade
de France ? Du tout. Il s’agit, pour moi, de faire sortir de l’air de
ma bouche en essayant de moduler une mélodie. Je siffle donc, ou je
sifflote, activité qui, en général, est considérée comme le signe d’une
certaine humeur : la bonne !
On siffle quand on est insouciant ou
qu’on prétend l’être. On siffle gaiement quand on est gai comme un
pinson. Et souvent, ce verbe renvoie à la gaieté supposée des oiseaux,
dont on dit parfois qu’ils sifflent – en particulier lorsqu’il s’agit
du merle. Alors, siffler n’est pas vraiment tenu pour un art, ce n’est
pas comme chanter. Mais c’est une pratique qui se travaille et, avec un
peu de pratique, on peut siffler des airs : on siffle la Marseillaise ou l’air de la Reine de la nuit !
Mais
à propos de certains spectateurs qui assistaient au match de football
France-Tunisie au stade de France, on a dit qu’ils ont sifflé la Marseillaise,
et qu’ils ont sifflé Lâam qui la chantait. Le sens est tout différent,
pas inverse, mais presque. Ils ont bruyamment manifesté leur
mécontentement, leur désapprobation. Ces sifflements ont d’ailleurs été
qualifiés d’outrages par les autorités. On est face à une manifestation
vécue comme une insulte à un symbole national, puisque la Marseillaise est l’hymne français.
Le
mot est-il pris au sens figuré ? Pas toujours ! En effet, « siffler »,
c’est d’abord produire un sifflement strident, non modulé, dont la
signification est toujours de montrer qu’on refuse ce qu’on vous
propose. En effet, on siffle toujours dans le même sens, et dans la
même position. Il s’agit, pour un spectateur ou un auditeur, d’envoyer
le signal de son refus à ceux qui se montrent, qui se produisent sur
scène, qui sont en représentation.
On siffle donc surtout des
acteurs, des musiciens, des artistes. Le « sifflet » (car, dans ce
cas-là, on ne parle pas de « sifflement ») est un peu le négatif de
l’applaudissement. On critique donc la manière, le talent des artistes,
mais parfois également le contenu de leur message. On peut ainsi
siffler un homme politique qui vient faire un discours pour montrer son
désaccord avec ses propos.
Le verbe a des synonymes. On peut
« huer » un comédien ou un politique. Le verbe ressemble déjà à un son,
on voit qu’il tire son origine d’une onomatopée, c’est-à-dire d’un
bruit qui porte un certain sens. On entend déjà les « hou hou », qui
peuvent symboliser ces huées.
« Conspuer » n’est pas loin non
plus. Pourtant, ce dernier mot ne s’emploiera que pour celui dont on
refuse l’image ou les idées ; donc, plus pour un orateur que pour un
comédien.
Revenons, pour finir, à quelques autres sens de
« siffler ». C’est un bruit qui a un sens, même s’il n’est pas toujours
négatif. On peut même siffler pour marquer son admiration. Ce n’est pas
très élégant, je vous l’accorde, mais certains garçons sifflent les
filles.
Quant aux arbitres, ils sifflent les fautes. Là encore,
on est devant un code qui donne à ce son une signification spéciale, et
qui est même un ordre d’arrêter provisoirement le jeu. Mais l’arbitre
s’aide d’un instrument, qui d’ailleurs le symbolise : le « sifflet ».