Le Tibet, un enjeu stratégique
19.03.2008, 12:37 GMT
Pourquoi la Chine est-elle prête a nuire aussi considérablement à son image, pour conserver le Tibet sous sa coupe ? Quels sont les intérêts en jeu ? Quelques spécialistes en géopolitique ont tenté d’apporter certaines réponses en se confiant aux journalistes de l’AFP.
De l’avis unanime de tous ces spécialistes, la Chine n’est pas disposée à lâcher le Tibet de sitôt. Le « toit du monde » représente en effet une position stratégique qui permet à l’empire du milieu de dominer l’Asie.
"Le Tibet est très important pour la Chine à la fois stratégiquement et militairement", explique Andrew Fischer, un économiste spécialiste du Tibet, à l'Institut des études sur le développement de Londres. "Ce rôle s'explique en termes de sécurité nationale, il est important pour les Chinois de rester tout en haut des montagnes, plutôt que d'avoir une arrière-cour qu'ils ne contrôleraient pas", ajoute-t-il.
Anne-Marie Blondeau, chercheur au Centre de documentation sur l'aire tibétaine de Paris, abonde dans ce sens : "Le Tibet, qui a toujours servi de tampon -- autrefois entre les Britanniques, la Russie et la Chine--, leur sert maintenant de plateforme d'où ils dominent toute l'Asie".
L'analyste politique Joseph Cheng, basé à Hong Kong, rajoute un élément à charge dans le dossier : "Avec un Tibet indépendant, la Chine serait très menacée par l'Inde et les pays occidentaux". Le premier ministre chinois, lui même, a reconnu que le Tibet était une question "sensible" entre la Chine et l’Inde.
D’autres arguments sont également avancés. Les ressources naturelles sont alors évoquées. Le Tibet est, par exemple, la source de nombreux fleuves de Chine et d’Asie du sud. "Il y a des ressources en eau considérables.", constate Mme Blondeau.
L’idéologie, bien entendu, n’échappe pas à l’analyse. "La Chine en a fait une question de principe, il leur est intolérable que des gouvernements étrangers puissent s'ingérer dans ses affaires intérieures", juge-t-elle. Le discours chinois sur le Tibet, revendiquant le territoire comme une partie de la Chine "depuis les temps anciens", est né au XIXe siècle sous la dynastie Qing (1644-1911).
"C'est réellement à partir des Mandchous qu'il y a eu une prise de conscience politique de l'importance du Tibet en Chine", dit Mme Blondeau. Andrew Fischer, de son côté, explique : "Il était important à la fois pour les nationalistes et les communistes de maintenir les frontières de l'empire mandchou. C'est pour cela qu'ils ont développé cette rhétorique nationaliste, selon laquelle la Chine est composée de cinq nations: les Ouïgours, les Tibétains, les Mongols, les Mandchous et les Han".
"Les émeutes et les manifestations sont sûrement un embarras pour Pékin, mais cela ne va pas faire vaciller le contrôle du Tibet par Pékin", conclut Joseph Cheng.