
Depuis plusieurs mois, chacun glose de l'ultra-présidentialisation
de nos institutions et de la pratique présidentielle de Nicolas
Sarkozy. A entendre les uns ou à lire et les autres, le président de la
République ne serait pas autre chose qu'un nouveau despote, assoiffé de
pouvoir personnel, annonçant tout, décidant de tout avec une petite
poignée de collaborateurs.
Si l'on compare la fin du mandat de Jacques Chirac et le début de
celui de Nicolas Sarkozy, il est très exact de dire que le style est
différent, que le Président est beaucoup plus présent que son
prédécesseur sur la scène politique intérieure, et qu'il prend en
charge directement les réformes qu'il a proposées aux Français.
Si l'on souhaite comparer les chefs d'Etat, encore faut-il le faire
dans un contexte identique, c'est-à-dire comparer le début du mandat du
nouveau président avec ce que faisaient ses prédécesseurs aux mêmes
moments.
Qui peut croire qu'en 1981, François Mitterrand était simple
spectateur de l'action du gouvernement? Jacques Chirac, pour sa part, a
souvent fait l'objet de vives critiques quant à son tempérament
électrique. Bref, au début d'un mandat, le Président s'implique
beaucoup plus sur la scène intérieure pour affirmer son autorité et
mettre en oeuvre son projet.
La personnalité de Nicolas Sarkozy n'explique pas tout
Il ne faut pas oublier non plus que depuis Mitterrand ou Chirac, il
y a eu une réforme institutionnelle majeure qui change le rapport de
force dans notre pays. Cette réforme, c'est le quinquennat. Certains
lecteurs me diront probablement que cinq ans ou sept ans cela ne change
pas grand-chose.
Je veux au contraire leur prouver que cela change tout, dès lors que
les élections législatives suivent immédiatement l'élection
présidentielle. Pourquoi? Tout simplement parce que la cohabitation
n'est plus possible. La nomination du Premier ministre par le Président
ne dépend plus du résultat des élections législatives. Aujourd'hui,
l'élection des députés dépend essentiellement du résultat de l'élection
présidentielle et donc du Président lui même.
Je veux d'ailleurs rappeler que beaucoup de constitutionnalistes
avaient considéré lors de cette réforme qu'il fallait en tirer toutes
les conséquences en supprimant le poste de Premier ministre, débat que
la Commission Balladur a relancé récemment. La présidentialisation
actuelle de notre vie politique est certes due à la personnalité de
Nicolas Sarkozy, au fait qu'il s'agit du début de son mandat, mais
aussi et surtout à la mise en place du quinquennat.
C'est la raison pour laquelle la réforme des institutions présentée
mercredi dernier en conseil des ministres est plus que jamais
fondamentale. En effet, le renforcement des pouvoirs du Président lié
au quinquennat doit s'accompagner d'un renforcement des pouvoirs de
l'Assemblée nationale et du Sénat pour rééquilibrer les choses.
Le prétexte d'un discours annuel du Président devant l'Assemblée
Je ne vais pas détailler les nouveaux pouvoirs des députés. Ils
seront réels et puissants, et notamment ceux de l'opposition. C'est un
progrès majeur, et il me semble aberrant que l'on résume cette réforme
au simple droit nouveau que l'on donnerait au Président de s'exprimer
devant l'Assemblée nationale.
Cette évolution me paraît logique et tout à fait secondaire par
rapport au reste du projet. Certes, nous aurions pu aller plus loin et
notamment prévoir d'interdire le cumul de la fonction de député avec
celle d'un exécutif local (maire d'une grande ville, président d'un
département ou d'une région). Je crois en effet qu'il est difficile de
cumuler ces deux fonctions si l'on souhaite bien remplir ses mandats,
et surtout si l'on renforce le rôle des députés.
Mais faut-il pour autant s'opposer à cette réforme sous prétexte
d'un discours annuel du Président devant l'Assemblée ou parce que le
cumul, déjà fortement limité, perdure? Il y aurait là une grave
incohérence car l'essentiel de cette révision institutionnelle est de
rééquilibrer les pouvoirs entre le président de la République et les
parlementaires. On ne peut en même temps dénoncer un Président
omniprésent et refuser la création d'un contre-pouvoir.
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