Gazprom, avec 125 milliards de mètres cubes, et Sonatrach, avec 61 milliards, satisfont 36 % des besoins de l'Union.
ROME est en état de choc depuis la signature, vendredi, d'un accord entre deux géants du gaz, le russe Gazprom et l'algérien Sonatrach. Le premier ministre italien, Romano Prodi, redoute la création d'un cartel et il a demandé à Bruxelles d'intervenir. Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué samedi que les commissaires vont
« étudier toutes les implications possibles de l'accord ».
Il est vrai qu'il y a de quoi s'inquiéter. Ce sont les deux grands fournisseurs de gaz des pays de l'Union européenne qui s'allient. Gazprom, avec 125 milliards de mètres cubes, et Sonatrach, avec 61 milliards, satisfont 36 % des besoins de l'Union. Faire jouer la concurrence dans un tel cas semble difficile, d'autant que le partenariat concomitamment conclu par Sonatrach avec le géant russe du pétrole, Loukoil, n'arrange rien aux affaires européennes.
Pour Rome, le protocole annoncé vendredi équivaut à créer une « Opep du gaz » capable d'imposer ses prix et ses quantités au marché. Dans les faits, cela était déjà le cas, mais l'institutionnalisation d'un système n'est jamais une bonne chose.
Gazprom, Sonatrach et Loukoil financeront ensemble les projets d'exploration et de production de gaz et de pétrole en Algérie et ailleurs dans le monde. Sonatrach devrait par ailleurs céder à Gazprom une participation dans le gazoduc Galsi en cours de construction entre l'Algérie et l'Italie via la Sardaigne et dont l'entreprise algérienne détient 36 %. Le gaz devrait y transiter dès 2009 et les français Total et Gaz de France y ont déjà acquis une quote-part. Un autre grand projet, Medgaz - reliant l'Algérie à l'Espagne -, prévu aussi pour 2009, a attisé toutes les convoitises.
Le géant russe se rêve en distributeur direct
L'hégémonie de Gazprom est d'autant plus préoccupante, effrayante pour certains, que le géant russe a des velléités de devenir distributeur direct. En France, il a été autorisé à fournir du gaz à des sites industriels et ambitionne désormais de contrôler 10 % du marché.
L'accord signé vendredi n'est pas inédit. Sur chacun des grands projets de prospection et de production d'hydrocarbure dans le monde interviennent de nombreux acteurs. La nouveauté réside néanmoins dans le fait que l'Algérie et la Russie sont des fournisseurs incontournables.
Leur partenariat apporte de l'eau au moulin des présidents de Suez et Gaz de France en cours de fusion. Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli ont toujours indiqué qu'à des fournisseurs de poids il faut opposer des acheteurs de taille à lutter. Si la fusion entre Suez et Gaz de France aboutit, les deux entreprises constitueront le premier acheteur de gaz en Europe et le numéro un mondial du gaz naturel liquéfié. Ce rapprochement devrait rassurer les Cassandre qui voient l'Europe de l'énergie contrôlée par le Kremlin. Vladimir Poutine vient d'ailleurs de s'opposer à la conclusion d'une Charte européenne sur l'énergie comme l'a rappelé ce week-end, le quotidien italien
Il Sole 24 Ore.
posted on 2006-08-07 20:05
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